Road Trip et un Pont Bien Particulier (12e jour – 30 mai 2010 – première partie)

 

Ce matin du 30 mai débuta mon plus grand voyage jusqu’à présent à l’intérieur du Japon et la première partie se fit par la route, avec 孝之, mon beau-frère, au volant (tiens, marrant ça, je crois que c’est la première fois de ma vie que je dis “mon beau-frère”). Non, je n’ai toujours pas conduit au Japon, ce n’est pas l’envie qui m’en manque, mais rouler à gauche sans pouvoir lire les trois-quarts des panneaux, ce ne serait pas très sérieux (je ne sais même pas si j’en ai légalement le droit). Quoique, les panneaux routiers ne sont pas trop trop difficiles à comprendre : la moitié est d’inspiration européenne (disques bleus, cercles rouges, etc.) et l’autre vient tout droit des États-Unis (losanges jaunes), les rares choses écrites l’étant souvent aussi avec des Rōmaji. Et donc, nous nous sommes rendus de Takamatsu à Hōfu dans la Préfecture de Yamaguchi en passant par Iwakuni et Yanai.


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J’ai donc enfin traversé le Grand Pont de Seto, déjà aperçu une première fois l’an dernier ; ensuite nous avons filé à travers la partie ouest de Honshū. Bien que je m’en étais déjà aperçu un petit peu auparavant (même si la partie du Kansai que j’ai visitée est relativement plate, Shikoku ne l’est pas tellement dès qu’on s’éloigne un peu de la côte), j’ai enfin vu ce qu’on pourrait appeler les paysages “typiquement japonais” : les montagnes à deux pas de la mer et couvertes de la dernière forêt vierge tempérée au monde (il me semble). Assez impressionnant, surtout quand on roule de longs kilomètres en ne voyant pour seules constructions humaines que l’autoroute sur laquelle on roule, les nombreux tunnels que l’on traverse et quelques villages perdus au milieu de nulle part. Un endroit que ceux qui croient que le Japon se résume à Tokyo feraient bien de visiter. En fait, plus je découvre le Japon, plus je réalise pleinement ce dont je me doutais déjà depuis longtemps : il est victime du même problème que la France, les étrangers ont tendance à trop vite résumer tout le pays à sa seule capitale, alors que sérieusement je trouve que Paris est la moins française des villes de France, et après ma visite à Tokyo, je suis assez tenté d’en dire autant à son sujet. Mais Tokyo, ce sera pour plus tard, surtout que là, nous nous en éloignions…

En route, nous entraperçûmes Miyajima.

 

Notre premier arrêt de la journée (les pauses essence/pipi/déjeuner mis à part) fut aux abords de la petite ville d’Iwakuni, plus précisément à Kintai-kyō (錦帯橋), un pont bien particulier :

 

Ce pont, en plus d’avoir la particularité de posséder cinq arches reposant sur des piliers de pierre, a la chance d’avoir une histoire intéressante. Il fut construit en 1673, et servait à relier le château d’Iwakuni (au sommet de la colline) à la route principale menant à la ville par dessus la rivière Nishiki. Plusieurs ponts, entièrement en bois comme c’était l’usage à l’époque, avaient été construits à cet emplacement avant celui-ci, mais aucun n’avait résisté bien longtemps aux nombreuses crues de la rivière. Et quand Hiroyoshi Kikkawa, le seigneur local d’alors, ordonna la construction de ce pont, son souhait était simple : que l’on construise un pont indestructible. Pour ce faire, les piliers du pont furent construits en pierre et non en bois, les architectes s’inspirant pour cela de ponts chinois de la dynastie Ming, tout particulièrement un pont traversant un lac en s’appuyant sur plusieurs îlots au milieu de ce lac (étrangement, c’est aussi le principe du Grand Pont de Seto). Des techniques habituellement réservées à la construction des châteaux furent utilisées et, après plusieurs tentatives infructueuses, un pont indestructible fut érigé et permit au seigneur de traverser la rivière quand il le souhaitait.

Indestructible, il le fut jusqu’en 1950, quand il ne résista malheureusement pas au typhon Kijiya ; la raison avancée étant que les longues années de guerre et de reconstruction ne permirent pas de se consacrer proprement à l’entretien du pont.

 

 

 

La perte du pont toucha la population d’Iwakuni si fort que la décision de le reconstruire fut prise au bout d’une semaine seulement, et le projet démarra dès l’année suivante. Il fut reconstruit exactement selon les techniques originales (considérées comme parfaites par les ingénieurs en charge de cette reconstruction) et le 15 janvier 1953, le pont fut rouvert. Il se dresse tel quel depuis (avec une rénovation en 2004).

(source : dépliant sur le pont http://www.city.iwakuni.yamaguchi.jp)

 

 

 

 

 

 

De l’autre côté du pont, il n’y a pas qu’un château en haut de la colline, mais tout un quartier à son pied qui était, à l’époque Edo, un quartier de samouraïs, Yokoyama, où se trouvait aussi le château de la famille Kikkawa et qui a été maintenu – pour la plupart des bâtiments – tel qu’il l’était à l’époque (sauf qu’en écrivant ces lignes, je réalise que je n’ai pas vraiment pris de photos de ces maisons, il faut dire que la plupart sont cachées derrière des murs).

Le château en haut de la colline

Un autre des monuments importants du lieu est un “monument” très particulier puisqu’il s’agit d’un monument vivant : les Serpents Blancs d’Iwakuni ! Un des rares – peut-être le seul ? – Trésors Nationaux Vivants du Japon. Leur origine est incertaine (certains citeront le divin, ils sont bien entendu considérés comme des divinités locales) mais il semblerait que cette population blanche soit issue d’un albinisme qui se serait généralisé dans la population locale de cette espèce de serpent (une espèce de couleuvre existant dans tout le Japon si je ne m’abuse – sauf qu’ils ne sont pas blancs ailleurs). J’en ai vus quelques uns dans une nursery mais aucun dans le parc (je présuppose qu’on les trouve surtout à l’écart des lieux de passage). Bien évidemment, ils portent bonheur (et ils apportent la richesse à qui les vénère).

 

 

 

Et nous finissons la visite du lieu avec le sanctuaire local du nom de Kikkō, dont je ne sais rien de particulier – d’ailleurs peut-être n’a-t-il rien de particulier – sinon que c’est le sanctuaire du quartier et qu’il était très beau.

 

 

 

Chatons

 

 

 

Au revoir Iwakuni et Kintai-kyō, à un de ces jours très certainement…

 

 

 

 

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David

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.

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2 Responses

  1. Diddu says:

    J’ai moi aussi eu la chance de visiter Iwakuni juste quelques mois plus tôt que vous (avril 2010) et j’en garde un excellent souvenir. Une très belle étape, un peu méconnue, mais qui vaut le détour. Bon, c’est vrai, on avait aussi calé notre séjour le 29 avril, le jour du festival annuel de la ville avec matsuri et processions de samouraïs.

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