Kinza / Being Given sur Naoshima


 

Difficile de vous parler de Kinza, la plus difficile d’accès des maisons du Art House Project de Naoshima. Encore plus difficile parce que je ne peux pratiquement rien vous en montrer.

Mais essayons quand même.

Kinza, comme mentionné juste au-dessus, fait partie du Art House Project, dirigé par Benesse Art Site Naoshima et qui depuis un certain nombre d’années transforme de vieilles bâtisses abandonnées en mini-musée abritant pas plus d’une poignée d’œuvre d’art chacun (voire simplement une seule). Le projet a débuté sur Naoshima il y a maintenant une quinzaine d’années, il a essaimé depuis sur Inujima et va le faire de nouveau sur Teshima à partir de cet été si j’ai bien tout suivi.

Sur Naoshima, elles sont situées dans le village de Honmura. J’en avais visité la plupart lors de mon premier passage sur l’île en 2010. Je les ai redécouvertes plus récemment, l’an dernier pour l’une, le week-end dernier pour les autres, et même si j’avoue ne pas être aussi fan du projet que je peux l’être d’autres, il vaut quand même le détour et la visite.

 

Kinza donc.

Commençons par la raison de la difficulté d’accès à cette œuvre/maison. Elle n’a rien de géographique : celle-ci est en plein centre de Honmura, juste à côté de Gokaisho. Non, elle est difficile d’accès parce qu’on ne peut y entrer que sur réservation. La maison se visite obligatoirement seul(e), et donc elle ne peut recevoir que 18 personnes par jour si je ne me trompe pas. Les places sont donc très peu nombreuses et il faut parfois réserver plusieurs semaines à l’avance pour pouvoir y accéder. Pour vous donner une idée, au moment où je tape ces lignes, le 28 avril, la prochaine place disponible est le 9 mai, pas avant.

Tout cela est donc assez contraignant il est vrai, surtout si vous venez de loin, mais un des avantages évidents c’est que vous avez l’œuvre entière pour vous une fois le moment venu. Un de mes problèmes avec Naoshima est que l’île commençant à devenir de plus en plus touristique, il est parfois difficile d’apprécier comme il se devrait certaines œuvres. Au moins dans Kinza, personne pour vous gêner.

Kinza est donc une maison vieille d’environ 200 ans qui a été rénovée tout en gardant le toit, piliers et poutres d’origine. Même si le reste est récent, il a été refait avec des techniques traditionnelles. Cela donne au bâtiment un aspect assez intéressant, à la fois vieux, traditionnel (par exemple les murs sont en torchis), mais aussi contemporain de par sa conception.

 

Kinza sur Naoshima

C’est tout ce que je peux vous montrer de Kinza.

 

À l’intérieur, une œuvre ne faisant qu’un avec le bâtiment : « Being Given » de Rei Naito.

Une œuvre à la fois minimaliste et bourrée de détails, tout comme son autre œuvre (elle aussi fusionnée avec un bâtiment) d’Art Setouchi, je veux bien évidemment parler de Matrix dans le Teshima Art Museum.
En fait, même si Being Given/Kinza est antérieur à Matrix/Teshima Art Museum de près de 9 ans, je ne peux m’empêcher de trouver que Being Given est une sorte d’anti-Matrix, son négatif en quelque sorte. Je refuse d’y voir une coïncidence. Et du coup, je me demande quel est l’effet inverse, quand on découvre les œuvres dans leur ordre chronologique, Matrix après Being Given ?

Là où Matrix/Teshima Art Museum est un espace blanc, immense, vivant (la nature est l’art) et ouvert, Kinza/Being Given est tout le contraire : un lieu sombre, minuscule et clos.

On y entre par une porte très basse (1m20 environ ? Pas plus haut) qui accentue la sensation d’enfermement, sensation s’accentuant une fois à l’intérieur car on ne peut pratiquement pas se déplacer dans le bâtiment, seuls quelques petits mètres carrés sont accessibles au visiteur. Je ne sais pas si c’est pour protéger l’œuvre (certainement la raison originelle), mais là encore le contraste avec Matrix est frappant (pour mémoire, on est littéralement dans l’œuvre, s’y déplacer fait partie intégrante de l’expérience).

L’intérieur est bien évidemment sombre, même s’il est éclairé par la lumière du jour. Une lumière du jour qui provient pourtant du sol, effet assez intéressant.
Certains éléments principaux sautent aux yeux immédiatement, d’autres apparaissent uniquement au fur et à mesure que l’on observe l’espace que l’on a devant soi. Un peu comme dans Matrix en fait ; d’ailleurs, on y retrouve certains éléments communs : des billes, des petits palets arrondis, des fils presque invisibles, etc.

On se surprend à respirer lentement, par petites bouffées, comme si l’air y était rare. Certainement l’est-il : il n’y a pas vraiment d’aération à part la petite porte d’entrée.

L’endroit invite à la méditation : même si on entend les bruits de la rue, ceux-ci sont étouffés par l’épaisseur des murs et l’absence de fenêtres. Mais bientôt la sensation d’enfermement se fait ressentir de plus en plus et il est temps de quitter ce lieu.

J’ai bien aimé visiter Kinza/Being Given, mais je ne sais pas pourquoi, je suis resté un peu sur ma faim. Peut-être à cause de cette comparaison inévitable ? Je ne sais pas.
Plus haut, je me demandais quelle était l’expérience vécue si l’on découvrait Kinza avant le Teshima Art Museum, mais au final je me dis que c’est bien dans cet ordre-là qu’il faudrait les découvrir. D’abord l’obscurité et l’enfermement de Being Given, suivis par la splendeur, la lumière et la liberté que vous procure Matrix.

Quoiqu’il en soit, et quel que soit l’ordre dans lequel vous découvrirez ces deux œuvres, il est à mes yeux indéniables que les deux œuvres sont indissociables l’une de l’autre. Si vous en avez l’opportunité essayez vraiment de voir les deux œuvres lors de votre visite dans la région.

 

Informations pratiques :

  • Ouvert du jeudi au dimanche (et jours fériés) de 11h à 13h et de 14h à 16h30.
  • Entrée sur réservation uniquement, 500 yen (toute l’année, indépendamment de la Setouchi Triennale)
  • Au moins 15 minutes avant l’heure de votre rendez-vous, rendez-vous au Honmura Lounge & Archive pour y payer votre entrée et y retirer votre ticket d’accès.
  • Visites seul(e) uniquement.
  • Photos interdites.

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.

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