Triennale de Setouchi 2016 sur Inujima


 

La veille, au lieu de rentrer à Takamatsu, nous avions passé la nuit au port de Tonosho sur Shodoshima (je vous renvoie à l’article précédent si vous vous demandez de quoi je parle).

La raison en était simple, nous avions l’intention de nous rendre sur Inujima, et c’est une île pas facile d’accès depuis Takamatsu. Pour vous y rendre, il vous faudra d’abord passer par Teshima ou Shodoshima, donc tant qu’à faire autant passer la nuit sur l’une de ces deux îles, cela ne vous fera pas gagner d’argent, mais du temps et de la marge de manœuvre, oui, pas mal.

 

1 - Gift of the Sun - Shodoshima

Un petit coucou à Gift of the Sun de Choi Jeong Hwa en passant et avant d’embarquer pour Inujima.

 

2 - Gift of the Sun - Shodoshima

Une fois arrivés sur l’île, nous nous sommes rendus au Seirensho Art Museum, une collaboration de Yukinori Yanagi et Hiroshi Sambuichi. Je n’en reviens pas de n’avoir jamais parlé ici même du Seirensho Art Museum. À ma décharge, ce n’est que la deuxième fois que je me rends sur l’île, mais ce n’est pas une excuse.

Bon, je le fais ici très brièvement avant d’écrire un article digne de ce nom sur le sujet le plus tôt possible. Tout d’abord, il faut que vous sachiez qu’au 19e siècle, pendant la modernisation du Japon, une raffinerie de cuivre fut ouverte sur l’île. Un des exemples de destruction drastique de la nature comme le Japon peut parfois se faire spécialiste. Pour des raisons que j’ignore, cette usine a eu une durée de vie assez courte et ferma ses portes au début du 20 siècle, et resta à l’état de ruines défigurant l’île pour la majeure partie du siècle, jusqu’à ce que la Fukutake Foundation, cherchant à étendre ses sites artistiques au-delà de Naoshima ne commença à s’y intéresser.

C’est ainsi que Yukinori Yanagi et Hiroshi Sambuichi s’associèrent pour transformer ces ruines et créer le Seirensho Art Museum. La transformation s’est opérée sur deux niveaux. Transformer une partie des ruines en une installation assez géniale, mais dont je ne peux vous montrer aucune photo (comme souvent avec les œuvres appartenant à  la Fukutake Foundation, elles sont interdites) et qu’il me serait difficile de vous décrire, à part que, dans le plus pur style « sambuichien » elle utilise les forces de la nature (lumière, air, chaleur) pour un effet des plus fascinants. L’autre partie de la transformation consista tout simplement à rendre les ruines praticables et visitables. Et on peut effectivement déambuler parmi elles pour découvrir un lieu assez irréel, vestige d’une industrialisation effrénée, mais qui possède un charme et une beauté assez unique. Là, on peut prendre des photos. En voici quelques unes :

 

3 - Inujima Seirensho Art Museum

 

9 - Inujima Seirensho Art Museum

 

4 - Inujima Seirensho Art Museum

 

 

10 - Inujima Seirensho Art Museum

 

13 - Inujima Ticket OfficeEn retournant vers le bâtiment d’accueil d’Inujima, là où vous achèterait votre ticket retour de bateau si vous ne l’avez déjà, ainsi que vos tickets d’entrée des œuvres de l’île si vous venez en dehors de la Triennale.

 

Tout comme Naoshima, Inujima possède aussi son Art House Project, même s’il est un peu différent. En effet, contrairement à Naoshima où la plupart des bâtiments du projet sont de très vieilles maisons rénovées, j’ai l’impression que sur Inujima, les bâtiments sont récents, voire ont été construits pour l’occasion. Et malheureusement, comme pour Naoshima, je ne suis pas toujours totalement fan de ces maisons. Il y a vraiment à boire et à manger dedans.

 

14 - Inujima Art House Project F-Art House - Biota Fauna Flora

F-Art House / « Biota (Fauna/Flora) » par Kohei Nawa

 

Je vous avais déjà présenté Listen to the Voices of Yesterday Like the Voices of Ancient Times de Yusuke Asai il y a peu. En voici de nouvelles vues. Notez, que l’œuvre a un peu changé depuis il y a trois ans :

 

18 - Listen to the Voices of Yesterday Like the Voices of Ancient Times

 

 

22 - Inujima House

Chez le voisin de l’œuvre précédente.

 

En continuant la visite, nous arrivons ensuite devant Contact Lens de Haruka Kojin.

 

 

27 - Contact Lens - Inujima

 

28 - Contact Lens - Inujima

 

29 - Contact Lens - Inujima

 

Juste à côté, c’est au tour de Reflectwo, toujours de Haruka Kojin :

 

33 - Reflectwo - Inujima

 

Ensuite, vous pouvez ensuite vous reposer au Nakanotani Gazebo de Kazuyo Sejima. Enfin, en théorie, car s’il est beau à voir, il n’est pas vraiment agréable pour vraiment s’y reposer : austère, les chaises sont assez inconfortables, et il dispose d’une acoustique assez désagréable : les sons produits en dessous faisant écho sur la parabole. Mais il est beau.

 

34 - Nakanotani Gazebo

 

Sur notre route, un poster pour un Inujima House Project qui est indépendant de la Triennale, mais qui semble quand même intéressant. Nous l’avons malheureusement raté.

 

35 - Inujima House Project

« Inu » ça veut dire « chien » en japonais.

 

Ensuite, direction Ether de Chinatsu Shimodaira, une œuvre aussi belle qu’agréable et que j’ai découvert avec beaucoup de plaisir, encore plus car l’œuvre qui la précédait était peut-être celle que j’aimais le moins de tout l’Art de Setouchi (et qui consistait essentiellement en un court-métrage montrant deux hommes jouant au baseball avec des cailloux dans une carrière) :

 

38 - Ether - Inujima

On peut s’asseoir dans les hamacs ainsi créés.

 

 

Il y a deux autres maisons dont je ne vous ai pas parlé, mais comme on ne peut y prendre de photos et, personnellement, je ne les trouve pas si fascinantes que ça, je vous laisserai les découvrir sur place.

 

Inujima est une île qui se visite très rapidement. En fait, on a pas toujours le choix, la rareté des bateaux imposant un peu le rythme de visite. J’avoue que j’aimerai m’attarder un peu sur l’île un jour, voir ce qu’elle a de plus à offrir, mais cela implique y passer près d’une journée entière, et je suis presque sûr qu’au bout d’un moment on va commencer à tourner en rond, il n’y a vraiment pas grand chose de plus.

Et comme nous étions arrivés assez tôt, il n’était qu’environ 13 heures quand il fut temps de quitter Inujima. Nous aurions pu rentrer directement sur Shodoshima (où nous avions laissé nos valises) puis sur Takamatsu relativement tôt… ou… aller faire un saut sur Teshima en passant !

Devinez ce que nous avons choisi ?

Arrivés sur Teshima, nous avons décidé de nous rendre directement dans le village de Ko, où nous allons bien rarement et où nous avons passé la plupart de notre temps sur l’île ce jour-là.

En fait, dans le futur, Ko va certainement être bien moins isolé, car cette année, la Fukutake Foundation a décidé d’y installer une œuvre permanente qui devrait je pense rester ouverte toute l’année.

Le lieu s’appelle Teshima 8 Million Lab, et l’installation à l’intérieur (qui changera tôt ou tard, si j’ai bien tout compris) s’intitule : Red Silk of Fate / Tamaki’s Crush.

Le tout par Sputniko! (avec point d’exclamation compris)

 

40 - Teshima 8 Million Lab - Red Silk of Fate

 

41 - Teshima 8 Million Lab - Red Silk of Fate

 

Le lieu est présenté à la fois comme un sanctuaire et un laboratoire. D’ailleurs le « huit millions » dans le nom vient du fait qu’il y aurait huit millions de kami (divinités shinto) au Japon. J’aurais juré qu’il y en avait bien plus. Et effectivement, à l’extérieur, on se croirait presque dans un sanctuaire à l’architecture contemporaine. On peut même acheter des Ema et des Omamori, mais à un prix un peu trop élevé à mon goût.

 

42 - Teshima 8 Million Lab - Red Silk of Fate

 

À l’intérieur (on ne peut y prendre des photos – air connu), j’ai été très déçu. Le lieu est présenté sur un peu tous les guides et sites web comme un vrai laboratoire où en gros, l’on allierait art et science, mais le laboratoire en question n’est qu’une installation : un faux laboratoire fait de bric et de broc, essentiellement des vieux objets provenant très certainement de vrais laboratoires, mais qui ont cessé d’être fonctionnels il y a un bon moment déjà.

Quant aux objets alliant science et art, je pense en particulier à une soie rouge produite par des vers à soie génétiquement modifiés, s’ils y sont, je les ai malheureusement ratés (il y avait pas mal de monde et ma déception en entrant à l’intérieur à fait que je n’ai pas essayé de découvrir l’intérieur dans ses moindres détails).

Pourquoi un fil de soie rouge ?

Le fil rouge du destin est dans la mythologie japonaise un fil que les dieux attachent entre deux personnes qui sont destinées à être ensemble (Takeshi Kitano a utilisé ce fil dans son film Dolls par exemple). Sputniko a collaboré avec des scientifiques du NIAS (l’Institut National des Sciences Agrobiologiques) pour concevoir des vers à soie génétiquement modifiés pour qu’ils produisent ce mythique fil rouge du destin, ceci en leur ajoutant un gène leur permettant de produire de l’ocytocine, une hormone influençant la reconnaissance sociale, l’empathie, voire l’amour, ainsi que les gènes d’un corail rouge et luminescent. L’idée est que la science a pendant longtemps remis en cause et démystifié les croyances populaires et mythologies, mais elle pourrait maintenant aider à les rendre réelles.

(ce paragraphe précédent est plus ou moins une traduction de la présentation de l’œuvre sur la page Facebook de l’artiste)

J’aime bien l’idée, et je suis assez triste de ne pas être trop fan du résultat.

 

43 - Teshima 8 Million Lab - Red Silk of Fate

 

44 - Teshima 8 Million Lab - Red Silk of Fate

 

Finalement, l’œuvre comporte un dernier élément, il s’agit d’un vidéo-clip, Sputniko étant aussi musicienne, mettant tout cela en scène et en musique, et même si je ne suis pas trop fan de la musique, l’histoire, elle, est amusante. Mais voyez plutôt :

 

 

Ensuite, nous nous sommes baladés un peu dans Ko. J’aime beaucoup ce petit village, avec une superbe vue sur la Mer de Seto (et je ne dis pas ça parce qu’Ogijima est aux premières loges dans cette vue), mais où je vais malheureusement que trop rarement.

 

45 - Teshima Ko

 

46 - Teshima Ko

Ce fut aussi l’occasion de revoir une des toutes premières œuvres de la Triennale : Distant Memory de Chiharu Shiota.

 

47 - Distant Memory

 

Je me demande, comment elle tient encore debout depuis six ans. Et je m’inquiète pour sa longévité : on ne peut d’ailleurs plus entrer à l’intérieur du bâtiment ni traverser le tunnel.

 

48 - Distant Memory

Après ce court tour de Teshima, direction Shodoshima de nouveau pour y récupérer nos sacs, avec une superbe vue des rizières en terrasse de Teshima au passage depuis le ferry :

 

49 - Teshima

Au retour vers Takamatsu, depuis Shodoshima, un chouette coucher de soleil, comme souvent quand je prends ce ferry-là :

 

53 - Olive Line Ferry

 

50 - Coucher de Soleil sur la Mer Intérieure de Seto

Mais de quel phare peut-il bien s’agir ?

 

51 - Coucher de Soleil sur la Mer Intérieure de Seto

Ozuchishima

 

52 - Coucher de Soleil sur Ogijima

Ogijima

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.


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3 commentaires sur “Triennale de Setouchi 2016 sur Inujima

  • Telly

    Je n’ai pas répondu tout de suite et du coup j’ai oublié ! Ce n’est pas bien…
    Jolie galerie de photos, j’ai pour ma part un faible pour les sphères de verre accrochées qui permettent de jouer à l’infini sur la composition de la photo. Tu as dû te régaler !
    Merci pour ce reportage « presque comme si nous y étions ».

    • David Billa Auteur du billet

      Pas de problème. 🙂
      Et merci beaucoup.

      En fait, il ne s’agit pas de sphères, mais de lentilles. Du coup, ça laisse un peu moins de marge de manœuvre pour prendre des photos, mais bon, l’œuvre elle-même est disposée de sorte à ce qu’il y a à voir à travers les lentilles est de toutes façons intéressant. 🙂