Village Insulaire, Grippe du Cochon Mexicain et Sushi Extra-Frais (Jour 3 : 20 mai 2009)

 

Une fois de plus, le jour débuta très tôt pour cause de décalage horaire. Pendant le petit-déjeuner avec la famille, ne pouvant pas vraiment prendre part aux conversations, je regardais la télévision japonaise. Je pensais que je n’allais pas comprendre beaucoup plus que la conversation familiale. En fait, si. Bien sûr, je n’ai pas compris un traître mot, mais j’ai compris de quoi parlait le talk-show matinal diffusé. Il s’agissait de la même chose que ce qui faisait les gros titres du journal local que le père de 康代 lisait : la grippe porcine H1N1 !

Je vous ai déjà parlé des masques chirurgicaux et du “dépistage” à l’aéroport, mais en fait, je n’avais pas encore totalement pris la totale mesure de l’amplitude du phénomène, ou devrais-je dire de la psychose. La grippe du cochon mexicain était devenue une véritable obsession au Japon. À la télé on ne semblait plus parler que de ça. Tous les journaux en faisaient leurs gros titres et  suivaient, jour après jour, l’évolution de l’épidémie (au Japon seulement, pas dans le monde, il ne faut pas exagérer) et -à entendre les journalistes- le nombre de personnes infectées semblait grossir exponentiellement, mais tout cela sans que personne ne souligne ni ne s’étonne du fait que la grippe n’avait encore fait aucune victime. D’ailleurs parlons-en de ces nombres. Alors qu’en France le nombre de personnes touchées étaient quelque part entre 20 et 30 quand j’avais quitté le pays, il y avait plus de 300 personnes infectées au Japon (dont cette lycéenne qui faisait la une des infos ce jour-là parce qu’elle revenait infectée du Canada). Cette grande différence dans les nombres m’intriguait quand même un petit peu. Étaient-ils exact ?

Je n’en savais rien, mais comme à son habitude, j’avais bien l’impression qu’en France, on minimisait l’importance de la chose (même si c’était à raison pour cette fois-là), alors qu’au Japon, vu ce que je commençais à comprendre des médias et de la population, c’était le phénomène inverse qui sévissait et beaucoup d’évènements étaient assez souvent très exagérés.
De plus, je me souviens que dans un des blogs que je lis régulièrement, il était question de cette paranoïa dont souffrent la majorité des Japonais face aux microbes et aux maladies qui fait qu’ils essaient d’éviter tout contact avec ceux-ci autant que possible (et on en revient aux masques, entre autres) et qui aurait pour conséquence d’affaiblir grandement leur système immunitaire et qu’ils seraient donc plus sensibles que d’autres cultures (genre les Français) face aux épidémies.
Effectivement, ça se tient (en fait, j’en étais venu à des conclusions similaires il y a quelques années avec les Américains).

Parmi les gros titres du journal local, était aussi mentionné le fait que la préfecture de Kagawa était désormais à court de masques ! Oui, il n’y avait plus un seul masque chirurgical à vendre dans toute la région, ce qui me permit d’ailleurs d’être témoin d’une scène très intéressante (et tout aussi amusante que pathétique) plus tard dans la journée. Une scène qui en disait long sur la psychologie de certains Japonais. Oui, quand on parle d’autres pays on a parfois tendance à généraliser un peu trop, et je tiens donc à signaler que la psychose de la grippe porcine ne touchait pas toute la population (juste assez pour que cela devienne un fait de société). Par exemple, la famille de 康代 n’en avait absolument rien à faire, et interrogée sur le sujet, ma belle-mère tint des propos disant en gros que c’est juste une grippe, qu’on fait pas tout un plat des grosses épidémies de grippe hivernales qui tuent beaucoup plus de monde chaque année et que vraiment ceux qui paniquent sont vraiment des imbéciles.
Et pour en revenir à la scène dont je parlais plus haut, la voici : nous sommes au milieu de l’après-midi, 康代 et moi faisons du shopping dans un 100 ¥ Shop, et pendant qu’elle regardait je ne sais quoi, je vis un couple -la grosse quarantaine environ- en train de chercher quelque chose de manière insistante, ils vont demander à une employée du magasin et bingo, c’était bien des masques chirurgicaux qu’ils cherchaient (康代 a bien évidemment traduit, je n’avais pas magiquement commencé à comprendre le japonais du jour au lendemain). Quand l’employée leur annonça qu’il n’y en avait plus en stock, l’expression qui se forma simultanément sur leurs deux visages fut celle de quelqu’un à qui l’on annonce un cancer incurable ou une autre mauvaise surprise tout aussi dramatique. Les pensées qui leur traversèrent l’esprit à ce moment-là furent certainement de l’ordre de : “Ça y est ! Plus de masques ! Comment allons-nous faire ?! On va attraper la grippe demain ! Il ne nous reste que deux semaines à vivre ! Oh mon Dieu !”

 

À part ça, la journée fut chaude (près de 30 degrés) ce qui m’a réjoui au plus haut point, car cela voulait dire que c’était la première fois que j’avais chaud depuis plus d’un an environ (ce jour-là, il a dû faire plus chaud que n’importe quel jour de l’année 2008 à Paris). Et comme nous étions levés tôt le matin, nous sommes partis visiter Shikoku Mura !

Parce que je déteste me lever tôt, je ne vais en général jamais rien visiter le matin ; je suis plutôt du style “dépêchons-nous ça va fermer dans une demi-heure !” mais là, nous y sommes arrivés peu après l’ouverture et je crois bien que nous étions les tout premiers visiteurs de la journée, en tout cas nous n’avons commencé à croiser d’autres gens que vers la fin de la visite. Nous avions vraiment l’impression d’avoir tout l’endroit pour nous seuls et c’était plus que plaisant. Donc oui, souffrir du décalage horaire peut avoir des avantages.

 

Mais vous devez-vous demander ce que c’est que ce Shikoku Mura.
Maintenant, vous devez savoir que Shikoku est l’île où se trouve Takamatsu (c’est la plus petite des quatre îles principales du Japon). Et Mura, ça veut dire Village en japonais.
Et donc Shikoku Mura c’est le “Village de Shikoku”, à savoir un musée à ciel ouvert où sont rassemblés tout un tas de maisons et autres bâtiments historiques provenant de tout Shikoku. Et quand je dis “rassemblés” je veux dire “rassemblés”. Au début de la visite, j’avais l’impression que nous visitions des espèces de reproductions de divers bâtiments historiques de l’île. Il n’en est rien. Tous les bâtiments sont des originaux et absolument authentiques ! Ils ont été déplacés (démontés et remontés) depuis leurs emplacements originaux partout dans l’île et regroupés en ce même lieu pour en faire ce “musée”. Le résultat est un mélange intéressant de divers bâtiments de diverses époques (mais surtout de l’Époque Edo quand même) qui créent une sorte de village un peu étrange à flanc de colline et au milieu de la forêt.

Et la visite commence ainsi :

 

Shikoku Mura - Pont de Liane

 

Il s’agit d’un pont de liane similaire à ceux que l’on trouve encore dans la Vallée d’Iya, dans la Préfecture de Tokushima, à la différence près que celui-ci n’était suspendu qu’au-dessus d’une mare et qu’il était renforcé de câbles en acier. Mais c’était toutefois une expérience “intéressante” que de le traverser. Je n’ose imaginer m’aventurer sur l’un de ces vrais ponts un jour, ceux qui sont entièrement faits de lianes et qui traversent ce véritable canyon qu’est la Vallée d’Iya ! (avec mon vertige, je sens que ça va être cocasse)

 

Shikoku Mura - Pont de Liane 2

 

Puis s’ensuit une série de bâtiments parmi les arbres du flanc de Yashima:

 

Shikoku Mura - Théâtre Kabuki

Ce théâtre Kabuki date de l'Époque Edo mais est encore utilisé de nos jours.

 

Shikoku Mura

 

 

Shikoku Mura - Presse à Sucre

Presse à sucre, actionnée par des vaches

Shikoku produisait la plupart du sucre consommé au Japon dans le temps.
Maintenant celui-ci est surtout importé.
Mais le sucre de Shikoku reste l’un des meilleurs et des plus fins du pays.

 

Shikoku Mura - Temple

 

Shikoku Mura - Kami

 

Il y a des Kami dans la forêt.

 

Shikoku Mura - Kami

 

Shikoku Mura - Vue de Takamatsu

Takamatsu, vue du sommet de Shikoku Mura (qui est loin d'être le sommet de Yashima)

 

 

 

 

Les trois photos suivantes figurent une fabrique traditionnelle (début 20e siècle) de Shoyu
(Shikoku produisait la majorité du Shoyu japonais dans le temps).

 

 

 

 

Shikoku Mura - Cabine Téléphonique Anglaise

Oui, j’ai trouvé cela tout aussi étrange que vous.
(si j’ai bien compris l’Angleterre a eu une légère influence sur la région après l’ouverture des frontières dans les années 1860. Je les suspecte d’avoir essayé en vain de coloniser la région)

 

Shikoku Mura - Moulin à Eau

 

Après la visite, nous sommes allés déjeuner dans un restaurant de Sushi que 康代 aime qui s’appelle Kaihō. L’autre jour, je lisais un article sur des restaurants à Paris, y compris un restaurant de Sushi et l’une des critiques disait qu’il était dangereux de manger des Sushis car si la chaîne du froid n’était pas respectée, on risquait l’intoxication alimentaire. Bon, je sais pas vous, mais je n’ai jamais été malade en mangeant des Sushis, mais surtout je suis presque sûr que cette grosse maligne est allée dans un faux restaurant de Sushi, parce que dans un vrai restaurant de Sushi, le poisson est traité comme il se doit et ne passera pas une éternité dans le restaurant. Avec un peu de chance, il aura même été livré de Rungis (pour les restaurants parisiens) le matin même ou la veille. Mais à Takamatsu, dans ce restaurant, point de chaîne du froid dont il faut se soucier puisque les poissons sont en général vivants dans le grand aquarium à l’entrée du restaurant quelques heures avant d’être mangés. Le poisson n’est pas exactement sorti de l’aquarium à la commande, mais c’est tout comme, le chef n’allant pas au fond de la cuisine dans les frigos, mais à l’entrée du restaurant pour aller chercher ce dont il a besoin. Et au final, la plupart des poissons ne  passeront même pas par la case frigo (d’ailleurs, le sushi est à température ambiante), et il sera difficile de faire plus frais.

Il est bien évidemment superflu de m’étendre sur le fait que le tout était vraiment exceptionnel et il s’agit certainement des meilleurs Sushi que j’ai mangés dans ma vie (à égalité avec le Toro -le thon mi-gras- de Hotaru).

Pas grand-chose de particulier à signaler pour le reste de la journée, nous nous sommes contentés de faire un peu de shopping et de nous promener dans la ville. Malheureusement (surtout pour vous) je n’ai pris pratiquement aucune photo des choses de la vie quotidienne de Takamatsu. J’en avais l’intention, mais à chaque fois, l’image des touristes étrangers prenant tout et n’importe quoi dans les rues de Paris et à quel point ils ont l’air ridicules me venait à l’esprit, et comme je pouvais déjà pas dissimuler mon statut d’étranger, je ne voulais pas en plus devenir le stéréotype du Gaijin touriste.
La prochaine fois peut-être.

 


View Japan May 2009 – Day 3 in a larger map

 

à suivre

 

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David

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.

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3 Responses

  1. Thomas says:

    Aha ! J'avoue que pour le stéréotype gaijin t'es pas passer loin ! sinon l'article est " omoshiroi dessu "

  2. Homéo says:

    J'aimerai bien que tu me dises comment se prononce le prénom de ton amie pour que je puisse mettre un son sur les lettres que je lis ?
    Tes photos prises tôt le matin sont très belles , un belle lumière et pas de touriste dans ton champ , tu vois c'est bien les visites matinales ;)
    Pour ne plus avoir de scrupules à faire des photos de tout et tout le temps , tu peux te prévaloir d'être un photographe professionnel ;)
    Bon j'ai fini pour ce soir … la suite …
    En tout cas merci pour la ballade c'est très agréable.

  3. Homéo says:

    Alors je lirai "secret"….
    J'ai lu toutes tes réponses à mes com' , j'essaierai de moins prendre de retard ;)
    les petites télés c'est dans l'avion oui.
    Et pour ton cheval de bataille j'essaie toujours de la garder en mémoire et de le rappeler aux enfants dans la vie de tous les jours.

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