Un Saut à Kurashiki


 

Il y a quelques jours, je vous parlais de la construction du Grand Pont de Seto ; eh bien aujourd’hui, je l’ai traversé !

Nous avons décidé d’aller faire un saut à Kurashiki, dans la préfecture d’Okayama, à la base pour un peu de shopping, mais comme il faisait beau et pas encore froid on avait pas vraiment envie de passer notre après-midi dans un centre commercial, et comme les enfants étaient plutôt calmes (disons plus calmes que d’habitude dans ces circonstances) nous sommes aussi allés dans Bikan, le quartier historique de la ville.

Quelques réflexions et anecdotes de la journée :

Intéressant de passer sur le pont quelques jours après en avoir parlé effectivement. D’ailleurs c’était la première fois que je conduisais dessus, lors de tous mes passages précédents en voiture, je n’étais que passager. Il est quand même vachement impressionnant.

Parfois, j’oublie que j’habite à la “campagne.” Mais il suffit d’un passage sur Honshu (le premier en deux ans, si on exclue une correspondance aérienne à Haneda), aussi bref soit-il, pour me le rappeler. Okayama n’est pas vraiment une métropole, pourtant on sent que les gens y sont plus “urbains”. Ça se ressent surtout dans leurs vêtements : les styles vestimentaires y sont plus variés qu’à Takamatsu. Mais attention, cela ne veut pas forcément dire mieux habillés. Au contraire, plus de variété, veut aussi dire plus de choix stylistiques douteux.

Je n’avais pas mis les pieds dans Bikan (le quartier historique) depuis presque 5 ans, et il a beaucoup changé. Le nombre de touristes a beaucoup augmenté : il y en avait vraiment trop à mon goût, et cela rendait le lieu beaucoup moins agréable que dans mes souvenirs. De nombreuses boutiques de produits artisanaux ont aussi été remplacées par des boutiques de souvenirs pour les touristes. Dommage, vraiment dommage.

D’ailleurs, tout le monde sur le web et ailleurs semble se réjouir du nombre sans cesse croissant de touristes au Japon, mais je commence vraiment à me demander si c’est une bonne chose, ou si au contraire, cela ne serait pas en train de détruire ce pourquoi le Japon est si attirant en premier lieu. Déjà, lors de mon dernier voyage à Kyoto (il y a trois ans je crois), je n’en revenais pas de la taille des foules bien plus importante que dans mes souvenirs, au point de rendre mes visites bien moins agréables. Là, c’est un peu le même sentiment à Kurashiki (en moins intense quand même). J’ai vraiment l’impression que le Japon a déjà atteint la masse critique du nombre de touristes que le pays peut accueillir, et pourtant ce nombre va encore augmenter dans les années à venir.

Je me demande ce qu’il va advenir.

Du coup, ce fut aussi difficile de prendre des photos (je n’ai pas vraiment essayé à part les quatre publiées ici – et pas seulement parce que je n’avais que mon téléphone à disposition) : cela n’aurait été que des photos de gens avec quelques bâtiment intéressants à moitié cachés derrière eux. Si vous voulez avoir une meilleure idée de ce à quoi ressemble le quartier, je vous conseille plutôt ce vieil article :

 

Bikan à Kurashiki

 

Maintenant, venons-en à la grosse anecdote / surprise du jour. Deux minutes après avoir pris la photo précédente, alors que nous marchions quelque part au pied des bâtiments blancs que vous pouvez voir sur celle-ci, je vis approcher une silhouette qui me semblait familière.

C’était bien lui ! Aala d’Un Gaijin au Japon ! Sa traversée du Japon à pied l’avait emmené dans Bikan-chiku au même moment où nous avions décidé de nous y balader sur un coup de tête. Étonnant non ?

Si vous lisez des blogs francophones sur le Japon, j’ose croire que vous le connaissez, mais au cas où, je vous invite à la suivre dans son périple en suivant tout d’abord ces liens-ci en plus de celui d’au-dessus :

 

Bonne route Aala, en espérant te recroiser (bien moins au hasard cette fois-ci et plus longuement) quand tu passeras à Kagawa.

 

Je ne sais pas si ce héron a eu le moindre succès dans sa pêche. Il avait du mal à ne pas être dérangé.

 

Le seul coin à peu près désert du quartier (et encore, ne vous y trompez pas, il y a beaucoup de monde derrière moi quand je prends ces photos).

 

Malgré cette chouette rencontre, une impression un peu mi-figue mi-raisin pour cette visite de Bikan. J’aime vraiment beaucoup ce quartier qui montre qu’il est possible de préserver et de restaurer des quartiers historiques au Japon (à peu près toutes les autres municipalités du pays pourraient en prendre de la graine). J’y ai aussi des attaches personnelles : j’y avais passé mon premier anniversaire au Japon par exemple.

Mais le voir ainsi envahi par le tourisme de masse me laisse un drôle de goût dans la bouche.

Je n’oserais vous dire de ne pas le visiter, mais je vous conseille de le faire en semaine et en hiver ou quelque chose du genre.

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c’est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu’il s’est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.


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4 commentaires sur “Un Saut à Kurashiki

  • Telly

    Jolies photos et bravo pour avoir réussi à cacher les touristes !
    Tu soulèves un point intéressant qui ne concerne pas que le Japon d’ailleurs. Les premiers touristes d’un pays y vont pour trouver de l’authentique. Mais petit à petit les pays concernés s’adaptent aux touristes et de fait se dénaturent. C’est un effet pervers de la mondialisation qui consiste à montrer non pas ce que l’on a mais plutôt ce que veulent voir les touristes.
    Je ne vois comment on peut enrayer ce phénomène sauf à aller de plus en plus des zones touristiques. Mais en sachant que l’on contribue à leur transformation.
    Pas facile tout ça…

    • David Billa Auteur de l’article

      Oui, cette question me travaille pas mal en ce moment (même si je ne peux rien y faire… quoique…).

      Je ne sais pas si c’est parce que j’aime pas les foules, ou parce que j’ai un problème avec l’acte d’aller “voir” un lieu ou une chose, plutôt que d’en faire l’expérience, mais oui le tourisme de masse m’a toujours posé problème et encore plus de nos jours, où il semble être hors de contrôle ici ou là (hier encore je lisais un article sur les gros paquebot qui envahissent de nombreuses zones côtières – à Takamatsu aussi, on en voit de temps à autres – avec les effets destructeurs qu’ils ont).

      Je pense que je suis encore plus sensible au sujet depuis que je m’intéresse aux îles d’ici. Le tourisme est l’un des facteurs de leur revitalisation, mais il doit rester contrôlé et ne doit pas être la seule source.

      Par exemple, la situation de Teshima m’inquiète de plus en plus. J’ai connu l’île avant qu’elle ne soit célèbre (dans le temps, si j’y passait la journée, j’y étais en général le seul étranger, et il y avait pas trop de Japonais non plus, ce temps est bel et bien révolu) et je la vois changer à chaque fois que j’y vais (d’ailleurs je me suis surpris à y aller moins souvent qu’avant, mais ça doit venir d’autres facteurs, y compris le fait que dès que j’ai une après-midi de libre à passer sur une île c’est en général Ogijima, alors que dans le passé, je visitais plus d’endroits différents).

      Bref, je vois Teshima changer, elle est beaucoup plus vivante qu’avant, il y a une nouvelle économie qui s’y développe (essentiellement cafés et auberges), mais la population locale, tout en restant accueillante, commence aussi à ignorer un peu tous ces touristes qui passent sur leur île.
      C’est une île vraiment spéciale, et j’ai peur qu’elle ne devienne comme Naoshima, qui avouons-le, est plus ou moins devenue une espèce de Disneyland de l’art. Ce que je veux dire par là, c’est que personne n’y va pour l’île elle-même, seulement pour ses attractions.

      Je vois aussi Ogijima qui essaie de trouver le bon équilibre face au tourisme, je pense qu’elle l’a trouvé, mais cela reste un combat de tous les jours (surtout à cause des “touristes à chats” qui persistent à vouloir faire de l’île une île à chats, mais la population résiste – c’est aussi pour cela que je n’en parle absolument jamais sur ce blog).

      Même sur Naoshima, dans la région on reste plus ou moins préservés du tourisme de masse (pour combien de temps encore), mais je m’inquiète vraiment pour d’autres endroits, surtout quand les pouvoirs en place n’y voient que l’aspect économique et pas le reste. Mais malgré le gouvernement central qui continue à pousser pour toujours plus de touristes, je sens que certaines municipalités commencent à résister. Les résidents de Kyoto par exemple, commencent vraiment à en avoir marre et à faire pression sur le gouvernement local (mais ça va prendre encore du temps).

      Ici, le gouvernement local veut continuer à attirer les touristes (pas toujours de la bonne façon – cf les paquebots qui apparaissent parfois), mais semble ne pas vouloir foncer tête baissée non plus (et il fait parfois appel à quelques résidents étrangers locaux comme “consultants” de temps à autres)

    • David Billa Auteur de l’article

      You’re welcome.
      Read the older post I embedded in this one to see more about that neighborhood.

      (Leesa, this is my French blog, I usually don’t post comments in English, you’re having a special treatment here 😉
      I didn’t post about last week-end on my English blog yet, but here is the older post :
      https://setouchiexplorer.com/bikan-kurashiki/ 🙂 )