Triennale de Setouchi sur Shodoshima (deuxième partie)


 

Comme je disais en commentaire de l’image du post précédent, difficile d’écrire régulièrement de gros articles pendant la Triennale de Setouchi, la plupart de mon temps libre étant consacré à aller sur les îles, et c’est autant de temps en moins pour écrire. 🙂 Et le soir me direz-vous ? (oui, je vous sais exigeants de la sorte 😉 ) Eh bien, j’ai démarré mon nouveau boulot il y a 10 jours, et si tout se passe bien, et même si maintenant, je rentre bien plus tôt le soir, il me faut encore un peu de temps pour m’adapter aux nouveaux horaires, surtout que ma fille était encore en vacances. Tout devrait se stabiliser très bientôt.

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, je vous emmène de nouveau sur Shodoshima, mais cette fois-ci dans la partie ouest de l’île. Donc, direction le port de Tonosho, et à peine sortis du ferry, nous sautons dans le bus pour nous rendre à Honmachi, le “centre-ville” de Tonosho pour y retrouver une œuvre pour laquelle j’ai une grande affection.

Il s’agit d’Oiwa Island 2 d’Oscar Oiwa !

Pour rappel, l’œuvre n’est pas exactement nouvelle, elle fut créée sur Ibukijima il y a trois ans, mais à l’époque, elle ne fut exposée que pendant un mois… Un mois de chaleur caniculaire… Et bien peu nombreux sont ceux qui ont pu la voir à l’époque, et même ceux-là n’en avaient pas toujours fait l’expérience dans de bonnes conditions, essentiellement à cause de la chaleur. J’en parlais un petit peu à l’époque. C’est avec grand plaisir que j’appris que l’œuvre était de retour cette année, et cette fois-ci pour toute la Triennale, pas seulement une saison !

Oscar y a apporté quelques modifications, mais dans l’ensemble, c’est le même concept génial : on entre dans une grande bulle et on se retrouve sur une plage, enfermés à l’extérieur (ou le contraire, c’est vous qui voyez) dans un univers aussi onirique que magnifique. Mais aucune description ne peut vraiment vous donner une idée de la chose, même les photos c’est limite :

 

10 - Oiwa Island 2

 

9 - Oiwa Island 2

 

7 - Oiwa Island 2

 

4 - Oiwa Island 2

 

 

C’est à regret que nous quittâmes Oiwa Island 2 : de l’avoir ainsi pour nous tous seuls une bonne partie de notre visite et par une température décente, nous ne voulions plus en partir. Il me tarde d’y retourner.

 

Ensuite, nous nous sommes rendus à la Poste de Tonosho qui a été incluse dans la Triennale cette année. Comme vous pouvez le voir, elle ne ressemble pas exactement aux autres postes du coin :

 

11 - Tonosho Post Office Art Project

 

Puis nous sommes allés voir Maze Town – Phantasmagoric Alleys (Ville Labyrinthe – Allées Fantasmagoriques) de MeiPAM… Petites explications avant d’aller plus loin.

Tout d’abord MeiPAM, c’est une galerie d’art basée à Tonosho. J’ai l’impression qu’ils sont vraiment le cœur culturel de cette partie de Shodoshima, et ça marche bien, à chaque fois que je me rends dans Tonosho, ils ont ouvert un nouveau bâtiment, que ce soit une salle d’exposition, un café, ou autres. Ils en ont cinq maintenant si je ne m’abuse.

Ensuite, le Honmachi (le cœur historique de Tonosho) est surnommé la ville labyrinthe, tout simplement parce que ça en est pratiquement un. Dans les villes médiévales européennes, nous sommes habitués aux ruelles biscornues, s’enchevêtrant dans les vieux quartiers sans logique apparente et dans lesquelles il est très facile de se perdre, mais au Japon cela est assez rare finalement. Dans le Honmachi de Tonosho, les rues sont exactement comme cela, et c’est volontaire. C’était l’une des façons que les habitants du village avaient trouvée pour se protéger des attaques de pirates qui sévirent à plusieurs époques dans la région. En cas d’attaque, les assaillants avaient bien du mal à s’y retrouver dans ces ruelles, au point de s’y perdre ou du moins d’être assez ralentis pour que les habitants les connaissant, eux comme leur poche, puissent s’échapper.

En 2013, inspirés par cet aspect de leur ville, les artistes de MeiPAM ont décidé de construire une ville labyrinthe assez unique. On entrait dans cette devanture de magasin de tabac désaffecté et…

 

16 - Maze Town - Phantasmagoric Alleys

 

… et je ne vous raconterai pas ce que l’on y trouve. L’effet de surprise étant un élément important de l’expérience. Vous aurez compris que cela à un rapport avec les labyrinthes.

L’idée était aussi d’agrandir le projet dans toute la ville. Je ne sais pas exactement comment, j’espérais un grand labyrinthe qui s’étendrait dans tout le Honmachi, mais à bon avis, cela n’était pas très réaliste. Alors, cette année, c’est un deuxième labyrinthe très étrange et vraiment unique qui a vu le jour dans l’un des bâtiments de MeiPAM. Là non plus il n’est pas possible de prendre des photos de l’intérieur (et si je comprends très bien la raison pour le bâtiment ci-dessus, elle m’est plus floue dans le cas présent) :

 

12 - Maze Town - Phantasmagoric Alleys

 

13 - Maze Town - Phantasmagoric Alleys

(ces deux photos furent prises de l’extérieur pour vous donner une idée de ce à quoi l’on peut s’attendre à trouver à l’intérieur, là non plus, je n’en dirai pas plus)

 

Nous en avons profité pour nous balader un petit peu dans le Honmachi (sans nous perdre – je commence à le connaître un peu) :

 

15 - Tonosho Honmachi

 

17 - Saikoji Tonosho

Le Saiko-ji, le 58e temple du pèlerinage de… Shodoshima ! Eh oui, vous l’ignoriez peut-être, mais Shodoshima a aussi son pèlerinage de 88 temples !

 

18 - Saikoji Tonosho

 

19 - Tonosho Honmachi

 

Ensuite, retour au port pour y prendre un autre bus, mais avant, un petit arrêt au terminal du ferry qui est devenu lui aussi lieu d’exposition et a été renommé pour l’occasion :

 

20 - Art no Show Terminal - Tonosho Shodoshima

 

Deux œuvres d’art en ce lieu. Au premier étage, nous n’y sommes pas encore allés, mais j’ai cru comprendre qu’il est question de robes ! Je vous en parlerai quand nous y retournerons. Au rez-de-chaussée, une installation assez géniale de Atelier Omoya :

 

21 - Art no Show - Tonosho Shodoshima

 

Comment ça, cette photo n’est pas très parlante ? Et cette vidéo alors ? (merci au passage à ma fille pour la démonstration)

 

 

Après cet intermède musical, nous reprenons le bus, direction un endroit bien connu des festivaliers de Setouchi puisqu’il s’agit de la vallée de Hitoyama et Nakayama qui héberge des œuvres d’art de la Triennale depuis 2010, y compris certaines des plus populaires (même s’il nous faudra attendre l’automne pour redécouvrir Straw Art).

Nous en avons profité pour retrouver Cradle of the Sea (de Nobuho Nagasawa) qui a été renommé Voyage through the Void, mais qui reste toujours aussi magnifique. Malheureusement, on ne peut pas prendre de photos.

Puis, direction Shishigaki Island de Masato Saito. L’oeuvre est censée avoir été modifiée pour cette année, mais elle n’était pas encore terminée quand nous nous y sommes rendus. Je commence à me demander si M. Saito ne sera pas un grand procrastinateur sur les bords. Déjà en 2013, lors de Bengal Island, il était le seul de tous les artistes sur place que je n’ai jamais croisé, et le travail qu’il y faisait ne semblait jamais vraiment avancer, au point que je n’ai jamais trop saisi ce qu’il faisait à ce moment-là.

Là pareil, un chantier, et personne aux alentours. Peut-être travaille-t-il la nuit ?

 

23 - Shishigaki Island

 

24 - Shishigaki Island

 

25 - Shishigaki Island

 

26 - Shishigaki Island

La terre du mur était encore humide.

 

Puis, direction, Nakayama. Deux kilomètres à pied à travers rizières, forêt, à côtoyer les théâtres de kabuki traditionnels.

 

22 - Oranges

Qui a dit que les fruits étaient chers au Japon ?

 

D’ailleurs, à la sortie du village de Hitoyama, un vieil homme discuta un peu avec nous, et je fus surpris de reconnaître le même homme qui discuta avec nous au même endroit en 2013. Sauf qu’à l’époque il nous donna des oranges. L’histoire ne dit pas si c’est lui qui les vendait ainsi en libre-service un peu plus loin.

 

27 - Empereur

 

28 - Hitoyama Shodoshima

 

Ayant à peine quittés le théâtre de Hitoyama, une petite voiture circulant sur ce bien étroit chemin s’arrêta. La conductrice, une locale, nous croyant certainement perdus ou ayant raté le bus nous prit en pitié et demanda à son compagnon de voyage de nettoyer en quatrième vitesse la voiture (remplie de légumes et autres) pour nous y faire une place. En fait, nous voulions tout simplement nous promener sur ce chemin que je sais des plus charmants, mais comment refuser cette offre sans passer pour de véritables ingrats ? J’ai pour habitude de ne jamais abuser de la gentillesse des gens de Kagawa, mais je ne la refuse jamais non plus.

Bien nous en a pris, le temps gagné nous a permis de visiter une œuvre supplémentaire en fin de journée. Mais avant, dans la vallée de Nakayama, la troisième incarnation de la maison de bambou de Wang Wen Chih. Six ans après House of Shodoshima, et trois après Light of Shodoshima, laissez-moi vous présenter Dream of Olive pour cette année :

 

29 - Dream of OIive

 

Je ne vais pas mentir, la version 2016 m’a un peu déçu. Un peu seulement, mais je trouve le design un peu trop simple peut-être, par rapport à ses deux incarnations précédentes. Toutefois, ne gâchons pas notre plaisir, l’installation reste magnifique, et même si l’extérieur n’est plus aussi impressionnant, l’intérieur reste cet espace irréel et magique dont ont ne veut plus sortir une fois dedans !

 

37 - Dream of OIive

 

 

46 - Dream of OIive

 

47 - Dream of OIive

 

Comme je le disais plus haut, notre petite balade en voiture nous a permis de prendre le bus précédent celui initialement prévu et donc au lieu de rentrer à Tonosho, nous avons pu faire un détour par le port d’Ikeda où nous attendait une œuvre que je ne pensais pas voir au cours de cette journée.

D’ailleurs, je me demande si cette œuvre reçoit beaucoup de visiteurs. En effet, son emplacement est assez étrange. Tout d’abord, c’est la seule œuvre d’art aux abords du port d’Ikeda, mais ensuite pour s’y rendre, il faut marcher en bord de plage pendant une bonne dizaine de minutes. Sans mentionner que le chemin est inaccessible à marée haute. Pourtant elle semble permanente. Mais j’ai remarqué de gros travaux non loin derrière. De quoi s’agit-il ? Mystère, mais peut-être que dans un futur plus ou moins proche, le lieu sera beaucoup moins isolé. À moins qu’il ne s’agisse que d’un nouveau “champ de panneaux solaires” qui deviennent de plus en plus nombreux sur Shodoshima (ce qui est une très bonne nouvelle).

Et l’œuvre dans tout ça ? Elle s’appelle Someone’s Coming! par Pors & Rao.

On entre dans un petit bâtiment composé d’une pièce unique. À l’intérieur, des murs écrus, nous donnant un peu l’impression d’être dans un labyrinthe. Sur ces murs, des tableaux… Eux aussi écrus… On avance dans les pseudo-couloirs sans trop comprendre… et soudain, il se passe quelque chose… Je réalise que j’aurais dû filmer plutôt que de prendre des photos, je ne sais pas trop pourquoi je ne l’ai pas fait. Donc c’est avec cette galerie que je vais essayer de vous faire revivre une expérience assez étrange :

 

48 - Someone is Coming

 

 

 

55 - Someone is Coming

 

J’essaierai d’y retourner et de vous en ramener un petit film si ces photos ne vous ont pas convaincu. L’expérience est à la fois amusante et un peu déstabilisante. On a vraiment l’impression que quelqu’un d’autre est là, mais qu’à chaque fois, il disparaît de votre champ de vision. Un fantôme peut-être ?

En sortant, sur la plage, un couple. Elle, indienne, lui, européen. Je compris qu’il s’agissait des artistes, mais je m’étonne qu’ils aient passé leur journée là, loin de tout. Peut-être avaient-ils passé leur temps à aller à la rencontre des visiteurs et qu’ils profitaient juste du coin au calme, maintenant qu’il était désert, quelques minutes avant la fermeture alors qu’il ne restaient plus qu’eux, nous, et le bénévole de Koebi. J’ai eu envie de les aborder, mais je sentais qu’ils n’avaient pas forcément envie de faire causette avec des inconnus. Je n’exclue pas d’essayer de les interviewer avant la fin de l’année par contre.

 

58 - Ne pas ramasser les olives

 

59 - Setouchi Triennale 2016 - Drapeau

 

Un peu plus tard, nous retournâmes à Tonosho pour y passer la nuit…

 

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.


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4 commentaires sur “Triennale de Setouchi sur Shodoshima (deuxième partie)

  • Pierre

    Bonjour,
    c’est avec un immense bonheur que j’ai lu vos article sur cette triennale et je vous en remercie.
    je pensais avoir eu de la chance pour avoir visité la région l’année dernière, passé Noël à Takamatsu et visité Naoshima, mais je me dis qu’il me reste beaucoup de choses à découvrir dans cette magnifique région.

    • David Billa Auteur de l’article

      Merci beaucoup pour ce gentil mot.
      Et effectivement, il y a beaucoup plus de choses intéressantes dans la région que les gens le pensent au premier abord. 🙂
      En espérant que vous reveniez bientôt dans la région.

  • eOle Nicole Schmitt

    Merci David. Quel beau reportage. C’est un grand bonheur de voir tout ce que tu nous donnes à découvrir et que nous ne pourrions appréhender sans toi .Tes photos présentent très bien les réalisations et tes commentaires nous introduisent dans cette intéressante biennale.

    eOle

    • David Billa Auteur de l’article

      Merci beaucoup pour tous ces compliments. Ça fait toujours très plaisir.

      (par contre, je me permets une petite correction, le festival est une triennale, pas une biennale 😉 )