Sep 102012
 

 

C’est bien tous ces articles où je vous présente des lieux ou des éléments de la Préfecture de Kagawa dans un style parfois impersonnel et avec des photos datant de plusieurs mois, mais rien ne vaut un petit article où je vous raconte ma journée de temps en temps, avec de nombreuses photos datant de quelques heures à peine.

Eh bien en voici un, puisque aujourd’hui, je me suis rendu dans le district d’Asano, dans le sud de Takamatsu pour assister au Hyōge Matsuri !

Il s’agit d’un petit matsuri de campagne – mais toutefois assez connu localement – comme je les aime bien, et il est assez intéressant par quelques aspects.

Tout d’abord sachez que hyōge est un terme argotique signifiant plus ou moins “faire l’imbécile” et que le Hyōge Matsuri est peut-être l’un des matsuri les plus pittoresques du Japon, il est d’ailleurs classé comme Bien Culturel Intangible Important par la ville de Takamatsu.

Ce matsuri date de l’Époque d’Edo et il célèbre un dénommé Yanobe Heiroku qui a construit le Shin-ike, le petit lac artificiel aux abords duquel se déroule les festivités et qui fournit de l’eau aux agriculteurs des environs, qui en manquaient souvent auparavant. Il y est aussi bien sûr question de prier pour que la récolte (qui ne devrait plus tarder) soit bonne.

Pour une raison que j’ignore, le tout se déroule dans une ambiance assez carnavalesque, tous les participants étant maquillés outrancièrement, certains portent des déguisements de samouraïs faits de papier, et ils sont armés de katana dont la lame est une feuille d’aloë et la garde un morceau de courge.

Le mikoshi quant à lui est fait de bambous et n’a rien des mikoshi majestueux que l’on voit dans de nombreux matsuri, mais c’est pour le mieux, vu le sort qui lui est réservé.

Le décor étant planté, voici le récit de l’après-midi en images :

 

Un petit bout d’Asano, avec le Shin-ike au premier plan (qui ne contient pas beaucoup d’eau en ce moment, je ne sais pas le reste du temps). Comme vous le voyez, les montagnes ne sont pas trop éloignées et nous sommes donc un petit peu en hauteur (trois fois rien, 100 m d’altitude m’informe Google Earth), hauteur qui nous permet toutefois d’avoir la vue suivante quand on regarde vers le nord (et donc vers la Mer de Seto) :

 

 

Les bâtiments de béton sont bien évidemment le centre-ville de Takamatsu à une dizaine de kilomètres de là. Plus surprenant, la grosse colline juste derrière est un peu sur la gauche n’est autre d’Ogijima à une vingtaine de kilomètres, et encore derrière c’est Teshima, à 25 km. Personnellement, je trouve assez surprenant de pouvoir les voir ainsi, et surtout qu’elles semblent si proches et si grosses (et si proches entre elles). Le zoom joue un rôle, mais même à l’oeil nu, l’impression est là.

 

 

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette maison n’est pas abandonnée (et en fait, l’image est un peu trompeuse, sous d’autres angles, la bâtisse semble plus “normale”).

 

 

Ah oui, je n’ai pas précisé que nous sommes à deux pas de l’aéroport de Takamatsu.
Sinon, je trouve cet avion assez étrange, il me semble être un avion militaire. J’imaginais l’aéroport être entièrement civil.

 

 

Je vous présente Asami (à gauche), qui m’apporta à la fois une grande joie et une grande tristesse aujourd’hui. Elle était non loin, avec son grand-père qui conduisait un mini-van transportant des personnes âgées en fauteuil roulant et venues assister au matsuri. Quand elle me vit (elle me prit bien entendu pour un Américain, mais je ne lui en veut pas), et surtout quand elle vit 華, elle vint rapidement vers nous pour discuter. C’est une chose que j’aime tout particulièrement à Kagawa, quelque soit leur âge, les gens ne sont pas timides, et n’ont aucun mal à vous parler, tout particulièrement dans les campagnes (je me demande d’où vient ce stéréotype du Japonais qui a peur de communiquer avec les étrangers, mais une chose est sûre, c’est pas de Shikoku).

Elle resta avec nous pendant un bon moment, complètement fascinée par 華, c’était clairement la première fois qu’elle voyait un bébé étranger. Elle parla longuement avec 康代. Et même si je n’en comprenais que des bribes, je ressentais que du haut de ses huit ans, et malgré ses questions parfois très naïves, il y avait quelque chose de lourd enfoui au coeur de cette fillette. Son calme ne semblait pas “naturel”, il y avait une certaine tristesse qui se dégageait d’elle.

Et en effet, il ne lui fallut pas trop longtemps pour qu’elle s’ouvre à  康代. Cette fascination pour cette mère et ce bébé n’était pas juste de la curiosité enfantine, mais bien une sorte de recherche.

La mère de la petite l’a abandonnée quand elle avait quatre ans. Son père ne s’occupe pas vraiment d’elle, et elle est élevée par ses grands-parents paternels. Elle n’a que deux amies, j’ai deviné que les autres enfants de son entourage n’étaient pas tendres avec elle. Je ne connais pas vraiment les autres détails, mais seulement en la regardant, je compris qu’elle était une petite fille très solitaire et qui ne doit pas rire tous les jours.

Même aujourd’hui, elle est venue au matsuri avec son grand-père, mais celui-ci restant à son mini-van, elle ne put pas trop s’en éloigner elle-même et c’est de relativement loin qu’elle a vu le matsuri, on ne peut pas dire qu’elle y ait participé.

Deux détails m’ont particulièrement ému. Quand nous nous sommes éloignés pour nous approcher du matsuri, elle est retournée auprès de son grand-père jusqu’à ce qu’elle aperçoive une jeune maman avec son bébé non loin, et elle s’est rapidement dirigées dans leur direction pour leur parler.

L’autre chose, c’est quand 康代 lui expliqua que 華 ne comprend pas encore vraiment ce qu’on lui dit, sa réponse fut : “quand on a quatre ans, on comprend beaucoup de choses.”

Je ne sais pas si c’est parce que je suis père depuis quelques mois, ou si c’est parce que je travaille tous les jours avec des enfants depuis un peu plus longtemps, mais cette rencontre m’a ému beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé.

Bien entendu, je ne sais rien d’autre de cette histoire et de ces circonstances, mais quelle mère abandonne sa fille de quatre ans ? Je n’arrive simplement pas à comprendre.

Quoiqu’il en soit, petite Asami, je doute te revoir un jour, mais sache que mes pensées resteront avec toi, même si cela ne t’aidera pas beaucoup.

 

 

 

 

 

Je ne sais pas pourquoi cette espèce de caniveau me fait penser à Rainy Lane.

 

 

Cet après-midi, j’ai aussi découvert un autre aspect de la paternité. Quand on a un jeune bébé, plus question d’aller s’approcher au plus près de l’action pendant un matsuri (en tout cas pas quand votre bébé est avec vous), donc toutes les photos suivantes furent prises d’assez loin et presque toutes du même point de vue. Elles sont donc bien différentes de ce que j’aurais aimé faire (le plus proche possible, avec des gros plans, et puis surtout avoir le choix de l’angle de vue).

 

 

Petites filles sages. En fait, elles prenaient la pose pour un photographe, ce qu’elles ne savaient pas, c’est qu’elles la prenait pour moi aussi.

 

 Là, elles redeviennent un petit peu plus naturelles.

 

Le lieu de l’action : la rive nord de Shin-ike.

 

Un vieil homme s’est approché.

 

Il a décoché une flèche dans l’eau.
(Con de  bambou. Vous voyez ce que je veux dire quand je dis que je suis restreint dans le choix des angles de vue)

 

Les gens l’ont applaudi.

 

Le mikoshi s’est approché de l’eau et a fait semblant de s’y jeter…
Une fois…

 

Deux fois…

 

華 a eu du mal à rester éveillée.

 

Le mikoshi s’est élancé de nouveau…

 

Ce coup-ci pour de bon !

 

 

 

 

Bien sûr, il y en a toujours un qui fait le malin.

 

Ils n’allaient pas non plus y passer la journée.

 

J’aime bien cette maman et son fils.
Le fils avait peur et pleurait. La maman rigolait, mais gentiment.

 

J’aime encore plus la tête que la femme de gauche fait.

 

 

C’est de lui dont le petit garçon a peur.

 

 

Les chiens de matsuri sont désormais disponibles en taille enfant.

 

Bye bye Asano

 

Voila, c’était mon photo-reportage très personnel et très perfectible du Hyōge Matsuri. J’espère y retourner l’an prochain et pouvoir prendre de meilleures photos.

De plus, si ça vous intéresse, sachez que comme cela fait deux ans que je n’avais pas assisté à un matsuri, j’ai décidé de faire le plein pour les matsuri d’automne (ça tombe bien j’ai quelques jours de vacances en octobre). Si vous aussi vous les aimez, restez dans le coin, je vous promets plein de photos.

 

 

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David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.

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  2 Responses to “Hyōge Matsuri”

  1. Bonjour,
    je suis ton blog depuis un bout de temps ; en effet ça change de la J-Pop, Shibuya et autre Akihabara ;-) Merci pour ce chouette blog sur ce bout de Japon malheureusement (ou pas) restant inconnu !
    Je réagit à ce post car je suis devenue maman il y a quelque mois et j’ai du mal à comprendre comment une maman peut abonner son petit bout. Cette rencontre est très touchante !
    Merci aussi pour ce beau matsuri, ça donne envie… Et tout ceci à l’air vraiment très joyeux !
    Longue vie à ton blog et encore merci !

    • Merci pour tous ces compliments.

      C’est vrai que c’est un peu mon dilemme. D’un côté, je me désole que mon coin de Japon ne soit pas plus connu et n’attire pas un peu plus les visiteurs. De l’autre, s’il devenait une destination touristique célèbre, il y perdrait son âme.

      Quant à comprendre le geste de cette femme, cela est difficile effectivement.
      La seule hypothèse que j’ai avec le peu d’éléments que je possède, est que cette femme – comme beaucoup de jeunes japonaises – avait peut-être une vision complètement irréaliste de beaucoup de choses, y compris le mariage et la maternité, et qu’elle a simplement abdiqué quand elle s’est rendue compte que tout n’était pas rose et facile.
      Maintenant je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que c’est cette pauvre petite qui paie l’addition.

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