Onba Factory

 

Je vous ai déjà parlé d’Onba Factory, plusieurs fois même, mais ce n’est pas une raison de ne pas vous en reparler, surtout que c’est mon lieu préféré d’Ogijima.

J’y suis donc repassé dimanche dernier pour la faire découvrir à mes parents (qui sont rentrés en France, ils auront donc survécu au Japon sans trop de problème, c’est pour cela que j’ai enfin l’occasion de poster de nouveau quelques lignes ici même) et j’en ai profité pour prendre de nouvelles photos et dire bonjour à M. et Mme Oshima. Au passage, c’était la première fois que je m’y rendais sans 康代. J’avais un peu peur de ne pouvoir communiquer avec eux, et même si nous ne nous sommes pas racontés des choses très complexes, je fus agréablement surpris de découvrir qu’avec mes trois bribes de japonais et ses trois bribes d’anglais, nous avons quand même réussi à échanger juste assez pour passer un très bon moment ensemble.

Pour cet article, je vais faire les choses un peu différemment, puisque les photos alterneront avec des citations de diverses personnes et tirées du Onba Factory Book.

 

Le drapeau de la Onba Factory était accompagné de Koinobori de saison (nous étions le 6 mai)

 

 Onba Factory & Atelier

 

 

Pour moi, le Setouchi International Art Festival fut comme un pèlerinage : une quête à travers la chaleur oppressante de l’été pour trouver des réponses à la question “Quel est le pouvoir de l’art ?” J’ai sillonné la mer, aveuglé par la lumière implacable du soleil, et j’ai suivi de haut en bas les routes serpentant le long des collines des îles. Assommé par une telle abondance d’œuvres, j’ai rarement eu le frisson de découvrir une œuvre transcendant la raison de ce pèlerinage.
Au final, seules deux choses restent ancrées dans ma mémoire : la table d’autopsie en pierre, fendue au milieu, sur Oshima et Onba Factory sur Ogijima. Chacune avec sa longueur d’onde unique palpitait d’une vie propre ; chacune avait une innocence qui, tels des rayons gamma, transperçaient les prétentions superflues. En particulier, tout ce qui concernait Onba Factory, sa clarté, vitalité et joie, possédait une fraîcheur saisissante.
Le catalogue DESIGN FOR THE OTHER 90% (Design pour les autres 90%), qui explore la signification du design pour les gens qui sont trop pauvres pour en profiter, est devenu la bible des designers du 21e siècle. Dans le projet Onba Factory, je vois la naissance de l’ART POUR LES AUTRES 90%. Et j’accueille à bras ouverts la vibration que ces artistes one généré dans la région de Setouchi.

Noboru Tsubaki (artiste, en particulier seul artiste à avoir exposé deux oeuvres au Setouchi Festival)

 

M. Oshima en train de préparer un tout nouvel onba.

 

 

Ogijima est speciale et nous avons cherché des artistes qui forgeraient des liens significatifs avec la population locale et qui feraient ressortir les aspects distinctifs de l’île. Onba Factory fait exactement tout cela et fut un grand succès tout autant auprès des visiteurs que des habitants.
Le tragique incendie qui a détruit Oiwa Island d’Oscar Oiwa a prouvé que l’équipe de Onba Factory était devenue membre à part entière de la communauté d’Ogijima. Les habitants parlent encore de la façon dont les membres de Onba Factory étaient à leurs côtés quand ils luttèrent pour contenir les flammes et les empêcher de se propager.
L’atelier à onba, là où l’équipe rénove les onba chers au habitants de l’île, a les caractéristiques magiques de la Chocolaterie de Charlie ou d’un mécanicien local. Les enfants adorent jouer dans ce décor pittoresque pendant que les artistes y travaillent.
Les habitants de l’île sont vraiment heureux de voir leurs onba “améliorés”. En fait, ils en veulent encore ! Certains ont commandé un deuxième, voire un troisième onba pour des tâches particulières ou des occasions spéciales. (…)
Le projet Onba Factory a un potentiel illimité. Il promet déjà de devenir une entreprise locale d’importance. De nombreux visiteurs ont demandé des onbas miniatures et certains en veulent même des vrais. Tout comme les artistes du 17e siècle Tawaraya Sotatsu et Ogata Korin, les membres de Onba Factory ont le talent et le leadership pour créer un art qui définit leur époque.

Fram Kitagawa (Directeur du Setouchi International Art Festival en plus de beaucoup d’autres choses)

 

 

 

Plus de six mois ont passé depuis la fin du Setouchi International Art Festival… Alors que mes souvenirs de la chaleur implacable de l’été dernier s’estompent, je suis de plus en plus conscient que si l’art doit jouer un rôle moteur, il faut que cela se fasse sur le long terme. C’est la nature même de la création. Le Festival a beau être terminé, Onba Factory a continué d’évoluer depuis la cérémonie de clôture. On ne peut interrompre une réaction chimique une fois qu’elle a démarré en disant simplement : “c’est fini”.
Un festival est comme un feu d’artifice, sont succès dépend de sa préparation. De même, le succès du festival de 2013 dépend de la qualité du temps passé maintenant avec les gens qui vivent ici. La réaction chimique entre cette île et l’art est en cours. Ogijima a de nombreux experts locaux possédant de nombreux savoirs et talents qu’ils ne demandent qu’à partager. Une nouvelle perspective peut par exemple transformer le dur labeur du travail des champs en quelque chose de divertissant et transformer l’île en un grand terrain de jeu. C’est seulement quand ce “festival”-là, créé par les habitants et Onba Factory, sera arrivé à son terme que la fin de Onba Factory approchera. Jusqu’alors, nous continuerons !

Yoshifumi Oshima (directeur de la Onba Factory)

 

 

Quelques Works Onba

 

Caterpillar Onba par Yoshifumi Oshima

 

 

Onba Factory fait désormais partie de la communauté, réfléchissant sur son future avec nous. Depuis le festival, plus de gens veulent venir vivre ici. Nous continuerons à travailler avec Onba Factory pour faire d’Ogijima un lieu de vie pour plus de monde que seulement des chats et des personnes âgées.

Ataru Sato (Directeur de l’Organisation de la Communauté d’Ogijima)

 

Ogi-House Onba par Keiichi Doi

 

Meon 3 Onba par Yoshifumi Oshima (qu'il utilise tous les week-ends pour transporter ses affaires quand il va sur Ogijima et quand il rentre à Takamatsu)

 

Ladybird Onba par Yoshifumi Oshima

 

Iron Beads Onba par Yumi Nagano

 

 

Je voulais que les gens voient que l’art et les artistes n’ont pas à être inaccessibles sinon pour juste quelques happy fews.

Atsushi Yamaberi (membre de Onba Factory)

 

En fait, les onba ne sont pas une tradition si vieille que ça sur Ogijima. Ils sont apparus dans les années 70 quand les rares routes de l’île furent goudronnées et les ruelles d’Ogichō bétonnées. Auparavant, pour transporter ce qu’ils avaient besoin de transporter, les hommes d’Ogijima utilisaient cette sorte de harnais appelé Oidai (un original à droite, une recréation par Onba Factory à gauche) sur leur dos. Et les femmes ? Elles transportaient tout sur la tête, en posant une espèce de coussin circulaire (nommé Wa ou Atamasuke) entre leur tête et leur charge ! Donc si vous pensez que cela ne doit pas être évident de pousser un onba dans les ruelles d’Ogijima, imaginez ce que c’était avant.

 

Dans le Onba Café

 

 

 

Monotsukuri“. C’est ce que nous faisons. Mais cela signifie bien plus que seulement “fabriquer des choses”. Cela signifie aussi créer des liens avec les choses et les gens qui nous entourent, et ce de manière ludique.

Yoshifumi Oshima

 

 

Cochon volant

 

La nouveauté pour 2012 au Onba Café, c’est le Onba Bar !

 

Vous allez me dire “une planche et quelques chaises, pas de quoi en faire toute une histoire” et vous auriez raison si cette planche et ces quelques chaises ne permettaient pas de pouvoir boire un verre avec ceci devant les yeux :

 

Ozuchishima depuis le Onba Bar

 

Après, il y en a qui préfèrent leurs terrasses de café avec vue sur les pots d’échappement des voitures. Chacun son truc, je ne juge pas.

 

 

Je terminerai cet article par un grand merci à

M. et Mme Oshima

qui sont parmi les gens les plus gentils qu’il m’ait été donné de rencontrer. Les gens bien ça existe. Ils en font partie.

 

 

 

 

Jamais je ne peux les remercier assez pour leur accueil à chaque fois que je leur rends visite.

 

Les citations sont donc tirées du Onba Factory Book, qui relate le projet Onba Factory de 2009 à 2011 (le livre est sorti il y a un an environ). Si ça vous intéresse, il est disponible sur l’Amazon japonais (ou au Onba Café). Elles sont reproduites ici avec l’autorisation de M. Yoshifumi Oshima.

Les traductions en français des citations sont de moi d’après les extraits en anglais du livre qui ont été traduits par Cathy Hirano.

 

 

 

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David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.

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12 Responses

  1. Shan says:

    Merci pour ce très beau reportage. J’apprécie en particulier les citations des artistes, qui même dans leurs mots font du beau.

  2. silia says:

    heu je suis vieille mais je veux bien venir habiter là ,c’est tellement beau et ce que font les artistes :suis bouche bée
    silia a récemment posté balade récente à toulouse et au musée

  3. asiemutée says:

    Quelle magnifique rencontre !!
    Ton article ne peut que susciter l’envie de découvrir Ogijima et, même si c’est trop tard pour moi pour mon prochain séjour, je crois bien que cette destination fera partie du suivant …
    asiemutée a récemment posté Sept ans de réflection : Japon 2006 / 4

    • David says:

      Ton prochain séjour n’a pas encore eu lieu, donc tu peux encore y aller. :-)
      Je ne sais pas quand celui-là se déroulera, mais je te conseille chaudement de revenir dans la région en 2013, pendant la Triennale (20 mars à 20 avril ou 20 juillet à 1er septembre ou 5 octobre au 4 novembre 2013)

      • asiemutée says:

        J’essaie de venir au moins une fois par an au Japon, au mois de mai de préférence, surtout si je le peux par rapport à mon travail. Cette année ce sera encore en juillet, mais j’ai choisi de rester à Tokyo et en périphérie ;) Pourquoi pas pour mes vacances 2013 et après, si tout va bien, et si notre nouveau président tient ses promesses, ce sera “vacances définitives”, et là, je compte bien passer beaucoup plus de temps en Asie et au Japon bien sûr … Enfin, je croise les doigts car c’est un projet qui me tient à coeur ;)

  4. Benjamin says:

    Salut David,
    Cette fin de mai me laisse enfin un peu de répit et pour m’extraire vraiment de la routine, je décide de visiter ton blog : riche idée !, je retrouve avec bonheur Kagawa, Ogijima, et cette Onba Factory dont tu parles ici avec un enthousiasme aussi communicatif que lors de nos discussions autour de sashimi de poulet ! Merci !

  5. Ebatbuok says:

    Pfff. Bon. Faut pas que je traîne trop ici. Je vais glander toute l’après-midi.
    :)
    J’adore tes articles.

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