Triennale de Setouchi 2016 sur Teshima


 

Et quelques jours après avoir visité Inujima et Teshima, nous sommes allés sur… Teshima! De nouveau.

Mais il s’agit d’un nouveau « nous » puisque cette fois-ci, je n’y suis pas allé en famille, mais avec mon amie Cathy, qui elle aussi écrit un blog sur la région (mais en anglais) et dont je vous conseille chaudement la lecture. Et comme c’était la première fois en cinq ans que je me rendais sur l’île sans mes enfants ni mes parents, j’ai pu visiter l’île en vélo de location, qui est à mon avis la meilleure des façons de la visiter (mais j’ai aussi découvert que l’on peut maintenant louer des vélos avec sièges-enfants, donc cet automne, peut-être une visite en vélo et avec les enfants ? Nous verrons).

Petite anecdote en passant, alors que nous étions dans la bateau pour Teshima et discutions de tout et de rien, mais surtout de la Fondation Fukutake, l’homme assis en face de nous s’invita soudain et à notre grande surprise dans la conversation (rappelez-vous, ce n’est pas parce que peu de Japonais parlent anglais couramment que certains ne le font pas et qu’ils ne vont pas tout comprendre de ce que vous dites – ça marche aussi, mais moins souvent, avec le français). Il s’agissait d’un professeur d’art à l’Université de Kyoto et aussi un critique d’art assez renommé apparemment. Il nous a gratifié de toute un tas d’informations sur la fondation ainsi que certains artistes des plus célèbres, j’essaierai de les saupoudrer ici ou là quand l’occasion se présentera.

Débarqués à Ieura, nos vélos loués, notre premier destination fut l’une des nouvelles œuvres d’art de l’île : Needle Factory de Shinro Ohtake. Comme il est maintenant habituel avec les œuvres de la fondation, il n’est pas autorisé d’en prendre des photos.

Il s’agit d’une œuvre assez surprenante si vous connaissez le style d’Ohtake (pour mémoire, je vous renvoie à Mecon, Naoshima Bath ou Haisha, ses trois autres œuvres principales dans la région – il en a plus, il est vraiment l’artiste le plus prolifique de l’Art de Setouchi), car elle est toute en sobriété. Il s’agit simplement de l’intérieur d’une coque de bateau retournée et exposée, telle un ready-made… Je me demande si l’œuvre ne serait pas en fait une œuvre qui va évoluer et se charger de plus en plus au fil du temps, comme c’est un peu le cas avec Mecon qui change chaque fois que M. Ohtake retourne sur Megijima.

Mais bon, vue de la rue, elle ressemble à ça :

 

1 - Needle Factory - Teshima

L’entrée, où on retrouve un peu le style « ohtakésien » :
une accumulation de tout et n’importe quoi.

 

2 - Needle Factory - Teshima

 

3 - Needle Factory - Teshima

 

Ensuite, direction une œuvre que je n’avais pas vue depuis des années, je me demande même si je l’avais vue en 2013, il s’agit de Tom Na H-iu de Mariko Mori. Elle est située à mi-chemin entre les villages d’Ieura et de Karato, dans un coin de l’île qui s’appelle Suzuri. Elle est vraiment au milieu de nulle part, et on y accède par ce chemin glissant au milieu de la forêt :

 

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Une fois sur place, je fus surpris d’apprendre qu’on ne peut plus y prendre de photos, ce qui m’étonne grandement pour deux raisons : en 2010, on le pouvait, et surtout l’œuvre est en extérieur et la prendre en photo ne gêne l’expérience de personne. Certainement une histoire de droits de diffusion comme presque toujours dans nos îles. Mais bon, comme à ce moment-là nous étions seuls :

 

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Chut, ne le dites à personne…

En fait, je profite de ceci pour vous expliquer un peu mon point de vue sur l’interdiction de photos qui sévit sur presque tout Naoshima et de plus en plus sur Teshima aussi.

Comme je disais quelques lignes plus haut, la raison principale est une histoire de droits de diffusion. Je respecte ces interdictions presque toujours à quelques exceptions près. Mon approche de la chose, c’est que je me pose la question de savoir si :

  • Est-ce que prendre une photo va porter atteinte à l’expérience des autres visiteurs ou à la mienne?
  • Est-ce qu’une photo serait intéressante, ne serait-ce que pour documenter la chose ?

Si la réponse est « oui » à la première question ou « non » à la seconde, en général je ne prendrai pas la photo. Dans le cas contraire et si j’en ai l’opportunité, pourquoi pas.

Dans la pratique et avec quelques exemples :

  • Teshima Art Museum : je suis très content que les photos y soient interdites. Si on pouvait y prendre des photos, l’expérience de l’œuvre serait complètement ruinée.
  • Tom Na H-iu, Phantasmagoric Alleys (site de Mei Pam 3) : je ne comprends pas pourquoi les photos sont interdites, et j’en prends si je ne gêne personne. Par contre, j’ai choisi de ne pas publier sur le blog les photos de Phantasmagoric Alleys quand j’en parlais il y a quelques jours.
  • Pour en revenir à Phantasmagoric Alleys, je n’ai jamais pris de photos du site original (l’œuvre existe en plusieurs parties dans plusieurs lieux), alors qu’il serait très facile de le faire malgré l’interdiction, parce que l’intérêt de telles photos serait nul, sinon de gâcher la découverte des futurs visiteurs.
  • Storm House et les Archives du Cœur : J’ai enfreint l’interdiction dans les deux lieux, une fois chacun. Les deux fois, il ne s’agissait pas de ma première visite du lieu (je ne gâche pas mon expérience de l’œuvre) et j’étais seul dans l’œuvre à ce moment-là (je ne gâche l’expérience de personne d’autre en prenant la photo). J’ai publié ces photos ici pour les Archives du Cœur, je ne l’ai jamais fait pour Storm House. Le ferai-je ? Je ne sais pas.

Mais revenons à nos moutons à savoir  Tom Na H-iu, cette œuvre consiste donc en cette espèce de menhir au milieu d’une mare. Le truc c’est qu’il est connecté au Super Kamioka NDE, un détecteur de neutrinos et, si j’ai bien tout compris, quand la machine en question en capte, la structure sur Teshima se met à briller. Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de voir le phénomène se produire.

Ensuite, direction Karato où nous sommes accueillis à l’entrée du village par Particles in the Air de Noe Aoki.

 

6 - Particles in the Air - Teshima

 

Une œuvre pas toujours évidente à prendre correctement en photo. Peut-être qu’il y en a de meilleures représentations ailleurs sur le blog. La lumière n’était pas non plus des meilleures à ce moment de la journée sur Teshima.

Dans Karato, j’ai pu retourner voir Storm House de Janet Cardiff et George Bures Miller. Il s’agit d’une maison dans une tempête (oui bon c’est normal, c’est la traduction du titre). Vous entrez dans la maison, vous vous asseyez où vous voulez dans la pièce principale, et soudain c’est une grosse tempête qui éclate dehors. Une expérience fascinante et très réaliste qui me rappelle vraiment les journées passées enfermé chez moi en Floride les jours d’ouragans, il y a quelques années. Malheureusement, interdiction de prendre des photos ou de filmer (mais comme je disais plus haut, il y a quelques années, nous étions seuls dans l’œuvre et j’ai documenté la chose, peut-être le posterai-je ici un jour… ou pas…)

 

Ensuite, direction cette maison :

11 - Maison sur Teshima

 

Il n’y a rien à y voir pour l’instant, mais c’est le site du futur Hotel Lemon qui ouvrira cet été. Pas un vrai hôtel : une nouvelle œuvre d’art. Je voulais juste voir où elle serait située et vous montrer l’avant et l’après (donc rendez-vous cet été ou cet automne pour l’après).

Puis direction Shima Kitchen pour aller manger. Un conseil, les jours d’affluence, il vous faudra réserver si vous voulez manger à Shima Kitchen. On peut le faire à l’avance par téléphone, mais plus simplement, dès que vous arrivez à Karato, allez directement au restaurant et inscrivez-vous sur la liste d’attente. Il vous sera donné une heure de rendez-vous. Vous passerez aussi votre commande au moment de l’inscription, ce qui permet d’être servi très rapidement une fois installés. Ensuite, comme il peut y avoir plus d’une heure d’attente, promenez-vous dans le village, visitez quelques œuvres et revenez peu de temps avant votre rendez-vous. Ne ratez pas l’heure par contre, ou bien vous perdrez votre place.

Sinon, c’est à ce moment-là (juste avant ou juste après manger, j’ai oublié) que nous sommes tombés nez à nez avec la grenouille et le mouton (c’est comme ça qu’il faut dire ?) qui visitaient aussi Teshima en même temps que nous. Ce n’était pas totalement une surprise. Nous avions passé la soirée ensemble quelques jours auparavant et je les avais entrevues au port de Takamatsu le matin même alors que nous étions déjà embarqués. J’ose croire qu’elles ont passé une très bonne journée elles aussi

 

7 - Shima KitchenLe toit de la terrasse, toujours aussi génial et tout neuf (il est refait régulièrement).

 

8 - Shima KitchenC’était la première fois que je mangeais au comptoir.
On est aux premières loges pour voir le chef et les obachans préparer la nourriture.

 

Pour rappel, le principe de Shima Kitchen, en plus d’être une superbe bâtiment conçu par Ryo Abe, c’est d’être un restaurant dont les recettes sont conçues et préparées en collaboration entre des chefs d’un grand hôtel de Tokyo (sauf erreur de ma part, c’est le Marunouchi Hotel) et les grand-mères de l’île, et uniquement avec des produits locaux (à l’exception peut-être de diverses épices). Il y a en général deux menus :

  • Le « Shima Kitchen set » (menu de l’île) qui varie selon les saisons et qui consiste en général de poisson et de légumes (plus du riz, une soupe de miso et les choses habituelles).
  • Le « Curry set », un curry japonais délicieux. Je ne suis en général pas trop trop fan de curry japonais, mais celui-là est un des meilleurs que j’ai jamais mangé.

Ma seule critique, c’est que j’ai l’impression que les portions sont de plus en plus petites à chaque fois que je m’y rends. Ou alors, c’est que je ne suis pas rassasié parce que c’est tellement bon ?

 

Après ce bon repas, direction juste derrière le restaurant pour revisiter Your First Color (Solution In My Head-Solution In My Stomach) de Pipilotti Rist que je n’avais pas revue depuis des années parce que j’avoue ne pas être trop fan. Toutefois, cette fois-ci, au lieu de regarder le film projeté sur l’écran circulaire et d’essayer d’y trouver du sens ou autre chose (et au final de ne pas être intéressé parce que j’y trouve), je me suis juste laissé bercer par l’atmosphère visuelle du lieu, sans m’embarrasser d’essayer de suivre les images projetées, et j’ai trouvé l’expérience bien plus plaisante. Donc c’est mon conseil : à part si vous aimez l’art très conceptuel, n’essayez pas de suivre les images, profitez juste de l’ambiance et des couleurs.

 

9 - Your First Colour - Teshima

 

10 - Your First Colour - Teshima

 

12 - Rue de Karato sur TeshimaDans les rues de Karato.

 

13 - Rizieres en Terrasse sur TeshimaLes rizières en terrasse de Teshima
(pas encore prêtes à être plantées, ce sera pour la fin du printemps)

 

Si vous connaissez un peu Teshima, en voyant la photo ci-dessus, vous aurez deviné quelle fut ma destination suivante. Le Teshima Art Museum, bien entendu :

 

14 - Teshima Art Museum

Ce bâtiment de Ryue Nishizawa est – je le dis sans exagération – probablement mon bâtiment préféré au monde. Il ne contient qu’une seule œuvre d’art, Matrix, de Rei Naito, mais cette œuvre a pour élément principal – entre autres – la nature elle-même, rien que ça !

Marrant comment je n’y étais pas allé depuis 2012, mais là j’y suis allé deux fois en six mois, et bien entendu, je vais essayer d’y retourner de nouveau le plus tôt possible. Quoique la Triennale de Setouchi n’est pas forcément le meilleur moment pour le visiter, moins il y a de monde à l’intérieur, mieux c’est (et je n’oublierai jamais la fois où nous l’avons eu pour nous seuls). C’est un lieu où il est important pour le plaisir de tous de respecter scrupuleusement les règles, en particulier le silence. Et ne vous attendez pas à voir des photos du lieu prises en douce par moi (et honte à ceux qui le font parfois).

Malgré tous ces avertissements, si vous ne devez voir qu’un « musée » de la Triennale de Setouchi, c’est celui-ci. Une expérience qui restera longtemps avec vous.

Si vous voulez plus de détails, je vous invite à aller lire cet article, et pour de meilleures photos, ça se passe là.

L’un des avantages de visiter l’île à vélo c’est de pouvoir se rendre au village de Ko directement depuis Karato en passant par une route qui offre une superbe vue de la Mer Intérieure de Seto.

 

15 - Mer Interieure de Seto depuis TeshimaUn peu brumeux ce jour-là, mais même dans ces conditions, la mer est magnifique.

 

16 - Ko sur Teshima

 

17 - Ko sur Teshima

 

Vu que j’étais venu quatre jours plus tôt, je me suis surtout baladé dans le village.

 

18 - Ko sur Teshima

 

Sur le chemin de retour vers Ieura, nous sommes passés près de Big Bambu, qui fait toujours partie des œuvres de la triennale, mais qu’on ne peut plus approcher : trois après, du fait de sa nature même, la structure est devenue instable et dangereuse.

 

À l’entrée d’Ieura, un petit sanctuaire qui s’appelle Konpira-jinja (oui comme le grand sanctuaire au sud de Kagawa). En le voyant, Cathy et moi avons eu la même réaction :

 

19 - Camphrier sur Teshima

 

Bon sang mais c’est bien sûr ! Ce sont l’arbre et le sanctuaire de Totoro !

 

20 - Camphrier sur Teshima

 

Maintenant, point de confusion, je n’insinue aucunement que Totoro se déroule sur Teshima, ni même que Miyazaki se soit inspiré de quoique ce soit en ce lieu (à ma connaissance, il n’y est jamais venu). Si je ne me trompe pas, les indices laissés dans le film indiquent qu’il se déroule dans la préfecture de Saitama. Non, la seule chose à laquelle je fais allusion, c’est que ce lieu ressemble au lieu de résidence de Totoro, uniquement parce qu’il y a un très gros et très vieux camphrier dans un petit sanctuaire de campagne. (Ce que vous ne voyez pas sur la photo, c’est que derrière moi, il y a une route et le village d’Ieura, on est pas exactement au milieu de nulle part non plus). 🙂

 

21 - Camphrier sur Teshima

 

Notre dernière visite de la journée se déroula dans l’excellente Teshima Yokoo House, une collaboration entre l’architecte Yuko Nagayama et le peintre Tadanori Yokoo.

 

22 - Teshima Yokoo House

Je ne vais pas mentir, je ne suis pas trop trop fan des peintures de Tadanori Yokoo. Par contre, le bâtiment est un chef d’œuvre. Comme d’habitude, interdiction de prendre des photos à l’intérieur, mais l’extérieur vous donne une idée (incomplète) de ce à quoi vous pouvez vous attendre. Il va y être question de jeux de miroirs, de jeux sur les couleurs.

Quand vous la visiterez, regardez bien à travers toutes les vitres, qui sont parfois des miroirs, qui parfois n’en sont pas, et créent et modifient la réalité de façons toujours très intéressantes. Quand je la visite, je me prends à rêver d’une maison similaire. Aux couleurs moins vives, mais avec une disposition de même style. Je suis particulièrement séduit par le bassin de poissons qui passe sous le salon.

Ne ratez pas la tour de la maison, même si vous risquez la crise de vertige (fun fact: regardez bien sur les murs intérieurs de celle-ci, vous aurez peut-être d’agréables surprises).

 

23 - Teshima Yokoo House

 

Après cette visite, ce fut bientôt l’heure de rentrer, ou plutôt de faire la queue pour aller chercher son ticket pour monter dans le bateau. Gardez bien à l’esprit que quand vous visitez la Triennale de Setouchi 2016 sur Teshima, les bateaux de retour vers Takamatsu sont rares et sont relativement petits. Notez aussi toutefois qu’il existe un nouveau bateau reliant directement Karato à Takamatsu qui n’existait pas auparavant (je ne sais pas si cette nouvelle ligne est permanente ou si elle n’existe que durant la Triennale, on verra plus tard).

(à suivre)

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.


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2 commentaires sur “Triennale de Setouchi 2016 sur Teshima

  • Kaeru

    Voilà… je veux y retourner. En lisant ton article, j’ai eu l’impression de rembobiner mes souvenirs en avance rapide. Je lève et les yeux, je vois l’érable qui s’agite dans ma cours parisienne. D’ici, le Japon me parait loin, mais pas autant que 10 000 km.
    Merci 🙂

    • David Billa Auteur du billet

      En espérant que tu y retournes le plus tôt possible. 🙂

      (sinon, j’attends tes posts sur ton blog, mais j’imagine que tu as beaucoup, beaucoup de choses à poster)